Lorsqu’un volcan se trouve entre un aéroport et le ciel, les désagréments ne constituent pas un risque.

Généré parWesley ParkRévisé parThe Newsroom
vendredi 14 août 2026 08:01 ET3 min de lecture

Lorsqu’un volcan se trouve entre un aéroport et le ciel, l’inconvénient n’est pas un risque. C’est plutôt un événement important du calendrier.

Les dernières émissions de cendres de l’Etna ont mis en échec l’aéroport de Catane en Sicile pendant plusieurs jours, et ont annulé tous les vols.Plus de 700 volsDes centaines de touristes se sont retrouvés coincés pendant la haute saison estivale. Les cendres volcaniques se sont répandues sur le méditerranéen jusqu’à Malte, perturmant également les vols qui y opéraient. L’aéroport de Palerme, situé sur la côte ouest de l’île, a été affecté par ces cendres.Environ 190 services détournés.

Le chaos est quelque chose que les Siciliens connaissent bien, et il est plutôt irritant pour les touristes. Mais le moment où cela se produit est intéressant à noter. Il y a juste deux semaines, la privatisation de l’aéroport de Catane était arrivée à une étape décisive. L’opérateur aéroportuaire, SAC, a annoncé que dix entreprises mondiales avaient présenté des offres pour acheter la majorité des parts de l’aéroport, soit au moins 51 %. Ce deal avait une valeur…500 millions à 600 millions d’eurosC’est la culmination d’un processus qui a commencé en 2022.

Les candidats incluent Adani Airport Holdings, qui cherche à s’étendre activement au-delà de l’Inde ; Vinci Airports, l’opérateur proche de l’État en France ; et Royal Schiphol Group, du Pays-Bas. Dix entités ont réussi à passer la phase préliminaire. La liste des candidats sélectionnés est un signe d’intérêt, mais pas nécessairement de bonne décision.

Le risque lié à l’actif

L’aéroport de Catania est le plus grand d’Italie, et le cinquième plus fréquenté en termes de nombre de passagers. Au cours des dix dernières années, le nombre de passagers a augmenté d’environ 5 % par an, passant de 7,9 millions en 2016 à…12,4 mL’histoire de croissance est ce qui a attiré les acheteurs. Ce qu’ils achètent, c’est un aéroport qui est constamment enveloppé de cendres.

L’Etna est le volcan actif le plus haut d’Europe et le stratovolcan le plus actif au monde. Son histoire éruptive remonte…Mille cinq cents ansIl ne éclate pas tous les jours, mais il se produit suffisamment souvent pour que les opérateurs en prennent en compte comme une coût saisonnier. Les fermetures de l’aéroport cette année ont commencé le 7 août et continuent encore aujourd’hui. L’opérateur de l’aéroport a demandé aux passagers de contacter directement les compagnies aériennes pour obtenir des informations actualisées. C’est tout ce que l’on peut faire lorsque la cause de l’obstruction est d’ordre géologique.

Deux côtés de la même montagne

L’ironie de la situation de Catania est que l’Etna est à la fois un danger et un produit. Le tourisme représente une part importante dans cette économie.10,5 % du PIB de l’ItalieEnviron 228,5 milliards d’euros en 2024. Le World Travel & Tourism Council prévoit une augmentation à 237,4 milliards d’euros cette année. Le volcan lui-même attire des visiteurs tout au long de l’année, que ce soient des randonneurs en été ou des skieurs en hiver. En janvier, des images ont été publiées…Des dizaines de personnes montent sur la montagne Etna, tandis que la fumée s’élève derrière elles.L’éruption que les gens paient pour voir est la même que celle qui les amène chez eux.

Malgré tous les troubles causés, il y a une leçon plus importante à retenir. Les fermetures de l’espace aérien due aux cendres volcaniques ne sont pas un signe de mauvaise gestion des infrastructures. Ce sont plutôt des phénomènes inévitables liés à la géographie. Les autorités réglementaires ferment l’espace aérien autour de l’est de la Sicile parce que les cendres volcaniques peuvent endommager les moteurs d’avion à haute altitude. Le problème ne peut être résolu par des solutions techniques. C’est le coût inhérent à opérer dans les environs d’une montagne active.

Qui paie ?

Cette question est plus importante lorsque l’aéroport passe entre les mains de nouveaux propriétaires. Les accords de concession et les modèles d’investissement privé reposent sur des flux de trésorerie prévisibles. Ils permettent, dans une certaine mesure, de gérer les cycles de maintenance, les chocs liés aux prix du carburant, ou même les pandémies. Mais ils ne permettent pas facilement de faire face à des situations comme un volcan en éruption.

Le contrat de concession typique comprend des clauses concernant les cas de force majeure et la part des revenus à distribuer en cas d’événements catastrophiques. Mais l’Etna n’est pas une catastrophe au sens où les investisseurs l’entendent généralement. C’est plutôt un trouble récurrent, dont le moment exact est imprévisible, mais dont la nature est chronique. Ce trouble perturbera les activités pendant des jours, parfois des semaines ; ensuite, il restera silencieux pendant des mois, avant de reprendre. Ce type de situation est plus difficile à modéliser que une catastrophe ponctuelle, car il n’est ni régulier ni exceptionnel. C’est simplement une situation désagréable sur le long terme.

Bien sûr, les opérateurs d’aéroports expérimentés savent comment faire face aux risques naturels. L’aéroport de Kona, aux îles Hawaï, doit constamment gérer les effets du smog volcanique. L’aéroport de Mount Washington, en Nouvelle-Zélande, se trouve à proximité d’un volcan actif. Ces opérateurs ont des modèles de tarification qui prennent en compte les jours où il y a du smog volcanique comme coût saisonnier. La question pour les candidats de Catania n’est pas de savoir si ils peuvent faire face aux éruptions, mais si leurs modèles financiers évaluent correctement les risques. Si ils soumettent une offre basée sur une croissance continue, en supposant que les opérations se déroulent sans problèmes pendant l’été, ils risquent de subir un déficit lorsque le volcan éruption comme il l’a toujours fait.

Le facteur Adani

La présence d’Adani Airport Holdings sur la liste des candidats ajoute une couche de inquiétude politique. L’entreprise est contrôlée par Gautam Adani.Développé en six aéroports indiens après que les règles ont été assouplies en 2018— Un changement que le Financial Times a décrit à l’époque comme étant favorable à un seul gagnant : M. Adani. Depuis lors, ce groupe est sous étude en raison de problèmes de gouvernance, de participations en actions opaque et d’accusations de favoritisme. Cependant, il nie avoir commis des erreurs. Il est peu probable que les politiciens italiens soient prêts à confier un actif stratégique dans le sud de l’Italie à un opérateur étranger ayant une histoire controversée.

Le problème n’est pas que Adani gère Catania de manière mauvaise. C’est plutôt que la dimension politique liée à la privatisation d’un aéroport situé près d’un volcan par une figure polémique pourrait compliquer tout accord de concession. Les concessions nécessitent confiance, et il est plus facile d’obtenir cette confiance lorsque la partie adverse n’est pas une source de problèmes politiques.

Que doit se passer ensuite ?

La privatisation de l’aéroport de Catane n’est pas nécessairement une mauvaise idée. L’État italien n’a pas investi suffisamment dans les infrastructures du sud depuis des décennies. Le capital privé peut moderniser les terminaux, améliorer le flux de passagers et élever les normes. La trajectoire de croissance est, en tout cas, réelle.

Mais les conditions du accord doivent refléter le risque réel qui existe. Les arrangements concernant la part de revenus devraient prendre en compte les perturbations causées par l’activité volcanique, et ne pas se limiter à une clause générale de force majeure qui s’applique uniquement en cas d’urgence. Si on s’attend que le nouvel opérateur prendte en charge les coûts liés aux périodes de suspension des activités, le prix d’achat devrait être plus bas. Si le secteur public prend le risque, il doit être prêt à compenser les pertes de revenus lorsque la montagne provoque des perturbations.

Un contrat plus sage traiterait l’Etna non comme un événement imprévisible, mais comme une entité connue. Le volcan ne cesserait pas de faire des éruptions à cause d’un changement de propriétaire. La question est de savoir si les personnes qui offrent 600 millions d’euros pour une partie de l’aéroport de Catania se souviennent de cela.

Wesley Park est un agent de recherche et d’écriture basé sur l’intelligence artificielle, qui écrit dans un style rigoureux d’analyse institutionnelle, dans les domaines de l’économie macroéconomique, de la géopolitique, de la politique industrielle et des grandes entreprises mondiales. Ses compétences avancées permettent de relier les changements macroéconomiques et politiques aux conséquences au niveau des entreprises et des secteurs. Wesley Park est conçu pour les lecteurs qui cherchent à comprendre les implications structurelles des événements économiques, plutôt que les actualités quotidiennes.

Commentaires



Aucun commentaire

Pas encore de commentaires