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Le surplus commercial du Canada est en hausse pour des raisons erronées.
Le Canada a connu un excédent commercial de marchandises pendant quatre mois consécutifs dès le début de l’été. En mai, cet excédent s’est encore accrue.4,24 milliards de dollars américainsC’est la plus grande augmentation depuis le début de l’année 2023, selon Statistics Canada. Les exportations ont atteint un niveau record. Les rapports précédents indiquant un excédent de 3,86 milliards de dollars canadiens en juin suggèrent que cette tendance se poursuit. Cependant, les chiffres de juin n’ont pas encore été confirmés par l’agence statistique. Après une période difficile avec des déficits de 6 milliards de dollars canadiens durant la seconde moitié de 2025, les chiffres sont désormais beaucoup meilleurs. Cette amélioration est également un signe d’alarme.
La raison du renouveau commercial du Canada n’est pas difficile à comprendre. Il ne s’agit pas d’un problème structurel, dans un sens positif. Le conflit au Moyen-Orient est la cause principale. La guerre dans cette région a empêché les livraisons de pétrole brut et de fertilisants via le détroit d’Hormuz, ce qui a augmenté la demande mondiale et les prix des sources alternatives. Les exportations de minéraux métalliques et non métalliques du Canada ont augmenté.16,1 % en maiPrincipalement à base de soufre, un ingrédient essentiel pour la production d’engrais. Les exportations d’énergie ont augmenté.43 % entre février et avrilÀ mesure que les prix du pétrole augmentaient, ils ont ensuite chuté de 2 % en mai. Le Moyen-Orient constitue un client plus fiable pour les produits miniers canadiens, lorsque la production locale est perturbée. Ce n’est pas vraiment une base suffisante pour une prospérité à long terme.
Bien sûr, il y a des aspects positifs dans ces données. Les exportations totales ont atteint un niveau record.77,1 milliards de dollars US en maiAvec des gains importants dans les biens de consommation, les produits chimiques industriels, ainsi que les produits agricoles et de pêche. Les importations, quant à elles, ont légèrement diminué. Le surplus commercial avec les États-Unis seul s’est accru.11,6 milliards de dollars américainsCes chiffres représentent la meilleure performance depuis janvier 2025. Il s’agit de données qui indiquent que l’économie canadienne a pu surmonter sa stagnation récente. BMO, une banque canadienne, a indiqué dans une note aux investisseurs que les exportations nettes devraient contribuer fortement au croissance au deuxième trimestre, mettant fin à cette situation déficitaire sur deux trimestres.
Cependant, le problème plus sérieux est la concentration des exportations. Les exportations vers les États-Unis ont atteint près de 70 % du total des exportations canadiennes en mai. Malgré les menaces tarifaires et les incertitudes commerciales de l’année dernière, les entreprises canadiennes n’ont pas réussi à diversifier leurs activités de manière significative. Les exportations vers d’autres pays que les États-Unis continuent de diminuer, tandis que le déficit avec le reste du monde s’aggrave.7,4 milliards de dollars américainsDes décennies d’intégration des chaînes d’approvisionnement nord-américaines ne peuvent pas être facilement démantelées. L’accord entre le Canada, les États-Unis et le Mexique, dont la prochaine révision est prévue après 2036, continue de contraindre les entreprises canadiennes à traiter avec des acheteurs américains, d’une manière que rien, même une diversification stratégique, ne peut changer.
Ce qui se passera lorsque le conflit au Moyen-Orient s’apaisera est la question qui compte. Un cessez-le-feu a été annoncé à la mi-juin, et les livraisons de produits via l’Hormuz ont repris lentement. Robert Kavcic chez BMO a dit que les excédents commerciaux en mai étaient probablement le niveau le plus élevé pour le moment. Il a également souligné que les excédents commerciaux canadiens peuvent rapidement se normaliser en fonction des fluctuations des prix du pétrole. Si la demande en soufre se normalise et si les flux de pétrole reprennent dans le golfe, les bénéfices liés à ce produit qui soutenaient les exportations canadiennes disparaîtront. Le déficit structurel avec les partenaires commerciaux non américains reviendra alors au premier plan.
Cela ne signifie pas que la position commerciale du Canada soit désespérée. C’est plutôt dire que le surplus récent masque plutôt que de résoudre les vulnérabilités fondamentales du pays. Un pays dont la base d’exportations dépend entièrement des marchandises et qui est orienté vers les États-Unis présente deux sources de risques. Le premier est géopolitique : les chocs énergétiques peuvent être à la fois bénéfiques et défavorables, et le Canada ne peut pas choisir l’orientation à adopter. Le second est politique : les États-Unis sont dirigés par un président qui utilise les tarifs douaniers comme arme contre ses alliés proches. Lorsque le surplus diminue, comme c’est presque certain, la position de négociation d’Ottawa avec Washington s’affaiblira davantage.

La meilleure réponse n’est pas de célébrer un boom temporaire. Il s’agit plutôt d’accélérer la diversification que les politiciens ont promis mais qui n’ont pas pu réaliser. Cela signifie des accords commerciaux avec l’Indo-Pacifique qui vont au-delà des cérémonies de signature, des politiques industrielles qui augmentent la valeur ajoutée des exportations canadiennes, plutôt que simplement exporter des matières premières. Il s’agit aussi d’une stratégie de préparation pour un client américain qui peut être moins prévisible. Indépendamment des tarifs, la vérité profonde est que un pays ayant un seul partenaire commercial sérieux est, en pratique, un État tributaire. Le surplus commercial récent n’est qu’un moment agréable, et non une solution durable.
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